I - Présentation du territoire

1 – Le bassin hydrographique du Saint-Laurent
Situé entre les Grands Lacs et l’océan Atlantique, le Saint-Laurent transite de l’eau douce vers l’eau salée en trois tronçons distincts. En amont, le tronçon fluvial débute immédiatement après le lac Ontario. L'estuaire suit ensuite sa route jusqu’au golfe qui lui ouvre ses portes sur l’Atlantique.

1.1 Le tronçon fluvial
Débutant à la hauteur de Cornwall en Ontario, le tronçon fluvial s'étend sur 240 km jusqu'à la limite avale du lac Saint-Pierre. Cette portion du Saint-Laurent est caractérisée par l'alternance de deux reliefs hydrographiques : les zones étroites présentant de forts courants et les zones d’élargissement à faible profondeur. Ces derniers constituent les lacs fluviaux du Saint-Laurent et comprennent les lacs Saint-Louis, Saint-François et Saint-Pierre.

Lors des crues printanières, de grandes variations de niveau d'eau sont provoquées par les nombreux affluents de cette portion du Saint-Laurent. Ainsi, au printemps, le débit du fleuve peut doubler, ce qui a un impact sur le milieu tant physique (érosion des berges, apport de sédiments*) que biologique (montaison du poisson et frai) et humain (inondations des propriétés).

1.2 L’estuaire
C’est dans la portion estuarienne du Saint-Laurent que les marées commencent à se faire sentir. L’estuaire se subdivise en trois segments déterminés par la salinité de l'eau. On situe
l'estuaire fluvial, constitué d’eau douce, entre la sortie du lac Saint-Pierre (Pointe-du-Lac) et la pointe est de l'île d'Orléans. L'estuaire moyen est la zone de transition entre l’eau douce et le milieu marin; il débute à l’est de l’estuaire fluvial pour trouver sa limite aval à la hauteur de Tadoussac. Enfin, le segment de l'estuaire maritime se poursuit jusqu'à une ligne imaginaire reliant Pointe-des-Monts (rive nord) à Sainte-Anne-des-Monts (rive sud). Au delà de cette limite débute le golfe du Saint-Laurent.

1.3Le golfe
Il s’agit d’une véritable mer intérieure, couvrant plus de 226 000 km2. L'eau douce provenant du bassin fluvial ne constitue en fait que le douzième de l'ensemble des masses d'eau présentes dans le golfe. La majeure partie de l’eau provient plutôt de l'océan Atlantique et du Labrador; entrant dans le golfe par deux principaux bras de mer : les détroits de Cabot et de Belle-Isle.

Nous pourrons observer, à la figure 1, les zones d’intervention prioritaire du Québec qui se situent au long du Saint-Laurent.

* : Les mots annotés d’un astérisque réfèrent au glossaire (chapitre VI)

2 – La ZIP des Îles-de-la-Madeleine
Localisée dans la partie sud du golfe Saint-Laurent, la zone d’intervention prioritaire des Îles-de-la-Madeleine (ZIP 14) se situe à 225 km au sud-est de la Gaspésie, à 145 km au sud-ouest de Terre-Neuve et à 80 km au nord de l’Île-du-Prince-Édouard (figure 2). Le territoire couvre l’ensemble de l’archipel des Îles-de-la-Madeleine ainsi que les eaux et les fonds marins situés dans un rayon d’environ 100 km autour des Îles. Cette zone totalise une superficie de plus de 31 600 km2, desquels seulement 202 km2 constituent le milieu terrestre du territoire. Ce milieu isolé des côtes du continent nord-américain est composé de dix îles dont six sont reliées entre elles par des tombolos* formés de dunes de sable ou par des ponts. La route 199 chevauche ces tombolos et constitue la voie de communication routière entre les six îles.

Le territoire de la ZIP des Îles-de-la-Madeleine comprend huit villages qui totalisaient 13 510 habitants en 1999. Historiquement et encore aujourd’hui, les francophones habitent les îles de Havre-Aubert, Cap-aux-Meules, Havre-aux-Maisons, Pointe-au-Loup et Grande-Entrée, alors que les anglophones se retrouvent principalement sur la Grosse-Île et l’Île d’Entrée. Le district le plus important en termes de population est Étang-du-Nord avec 3 087 habitants (tableau 1), soit environ 23% de la population totale des Îles-de-la-Madeleine, suivie de très près par le district de Fatima avec 2 788 habitants. Ces deux villages sont situées sur l’île de Cap-aux-Meules. Une seule municipalité (Municipalité des Îles-de-la-Madeleine) orchestre l’aménagement de l’ensemble de l’archipel.

Les détails sur les aspects humains du territoire de la ZIP des Îles-de-la-Madeleine sont présentés dans la section « Milieu humain ».

Tableau 1 : Données démographiques par village pour le territoire des Îles-de-la-Madeleine en 1991, 1996 et 1999.

Village

Années

Variation

1991-1999

 

1991

1996

1999

Île d’Entrée

176

175

175

- 0,6 %

Havre-Aubert

2 536

2 443

2 516

- 0,8%

L’Étang-du-Nord

3 044

3 087

3 087

+ 1,4 %

Fatima

3 106

2 966

2 788

- 10,2 %

Cap-aux-Meules

1 617

1 661

1 594

- 1,4 %

Havre-aux-Maisons

2 224

2 211

2 148

- 3,4%

Grosse-Île

569

567

646

+ 13,5 %

Grande-Entrée

719

692

556

- 22,7 %

Municipalité des Îles-de-la-Madeleine

13 991

13 802

13 510

- 3,4 %

Source : Adapté de MRC Îles-de-la-Madeleine ,1999

   

Figure 2 : Limites du secteur des Îles-de-la-Madeleine 

 

3 - Le milieu physique

3.1 Géologie et géomorphologie
Situé au cœur du golfe Saint-Laurent, l’archipel des Îles-de-la-Madeleine est localisé au centre d’une plate-forme d’une profondeur de moins de 100 mètres, délimitée au nord par le chenal Laurentien qui s’enfonçe jusqu’à des profondeurs de 440 mètres. Cette plate-forme, nommée « plateau madelinien », présente des bancs de faible profondeur : bancs de Bradelle-est et de Bradelle-ouest, ainsi que les hauts-fonds des Îles-de-la-Madeleine (figure 2). Quelques fosses perpendiculaires au chenal Laurentien viennent cisailler le plateau madelinien. Il s’agit des fosses du Cap-Breton, de Bradelle-est et de Bradelle-ouest. Ces fosses sont des sites d’accumulation de sédiments composés principalement de sable vaseux, de sable ou de gravier.

L’archipel est entouré d’une zone de hauts-fonds d’une profondeur inférieure à 50 mètres, composée d’une série d’affleurements rocheux. Chaque île comporte un noyau rocheux composé de roches volcaniques (basalte et calcaires cristallins) appartenant à la formation du Cap du Diable, datant d’environ 330 millions d’années. Ces buttes volcaniques, plus résistantes à l’érosion*, forment aujourd’hui les hautes collines des îles du sud de l’archipel (Île d’Entrée, du Havre-Aubert, du Cap-aux-Meules et du Havre-aux-Maisons ainsi que le Corps-Mort). La formation de Havre-aux-Maisons, plus ancienne (plus de 340 millions d’années), est composée de roches sédimentaires (calcaires, schistes calcaireux, argilite et gypse), et se situe généralement sur les flancs des collines ou dans les dépressions. Les collines centrales sont ceinturées de plateaux côtiers, légèrement inclinés vers la mer, qui ont commencé à se former, il y a environ 286 millions d’années, par la déposition de grès et de silt stones, donnant aujourd’hui ces reliefs en caps élevés et en falaises abruptes typiques des Îles. Cette dernière formation prend son origine dans les sédiments marins et compose les trois-quarts de la superficie de l’archipel.

Les noyaux rocheux formant l’archipel madelinien sont apparus au-dessus du niveau de la mer, dans le golfe Saint-Laurent, grâce à la remontée de dômes d’évaporites* (sels) qui a commencé il y a de 2 à 5 millions d’années.

L’érosion des falaises par les vagues a entraîné, au cours des âges, le remaniement et le transport, par les courants marins de sédiments meubles récents, à l’origine des tombolos et des flèches sableuses de quartz, qui composent les milieux dunaires et lagunaires si particuliers aux Îles-de-la-Madeleine.

3.2 Hydrographie
La ZIP des Îles-de-la-Madeleine est un territoire essentiellement marin et intimement lié à la dynamique hydrologique du golfe Saint-Laurent. Il faut donc, dans un premier temps, bien comprendre les règles qui régissent cette véritable mer intérieure qu’est le golfe.

La circulation et la composition des masses d'eau dans le bassin du golfe du Saint-Laurent dépendent de plusieurs facteurs dont les courants marins, la profondeur de l'eau, le relief côtier et l'eau douce apportée par les rivières. Nous exposerons ici quelques-uns des plus importants phénomènes affectant les eaux du golfe du Saint-Laurent.

3.2.1 Les marées
Les forces d'attraction combinées de la lune et du soleil sur les masses d’eau génèrent une onde se déplaçant entre l'Atlantique et le Saint-Laurent. L’onde circule vers le golfe et l'intérieur du fleuve à la marée montante et inversement (du fleuve vers l’océan) au baissant de la marée. De ce déplacement périodique de l'onde résulte un mouvement cyclique de montée et de descente du niveau d’eau à l’origine des marées.

Les Îles-de-la-Madeleine ont un cycle de marée qui leur est particulier. L’amplitude moyenne de la marée est plus faible qu’ailleurs dans le golfe, avec une hauteur de 0,58 mètres. Ce faible marnage* s’explique par le fait que la marée se propage de façon rotative à partir d’un point central nommée point amphidromique et que ce point est situé dans le golfe Saint-Laurent, à 50 km à l’ouest des Îles-de-la-Madeleine. L’onde de marée prend de l’amplitude à mesure qu’elle s’éloigne de ce point. Comme l’archipel est à proximité de ce point, l’amplitude reste faible. Pour ces mêmes raisons, le cycle des marées se trouve également modifié aux environs des Îles. Alors que les marées sont toujours semi-diurnes (deux cycles par jour) sur les côtes de l’estuaire et du golfe Saint-Laurent, le secteur nord des Îles-de-la-Madeleine ne présente qu’un seul cycle (type diurne), une marée haute et une marée basse par jour. Ailleurs aux Îles, on pourra retrouver un type ou l’autre de marée selon les jours.

Les marées engendrent un brassage périodique des eaux du Saint-Laurent et participent activement à l’érosion des berges ainsi qu’au déplacement des sédiments, ayant pour effet de moduler le relief du littoral et des fonds marins.

3.2.2 Les courants marins
La circulation des eaux de surface dans le golfe est plutôt complexe. L’eau douce provenant de l'amont descend en longeant la rive sud. On nomme ce courant le "courant de Gaspé". Ce grand courant de surface transporte les eaux de l’estuaire et du secteur nord-ouest du golfe vers sa portion sud et les Îles-de-la-Madeleine. L’obstacle que représente l’archipel dévie en partie ces courants du golfe, créant sur les côtes nord-ouest un courant côtier de direction sud.

3.2.3 La stratification des eaux
En période estivale, on retrouve, dans le golfe, un étagement des couches d’eau en trois niveaux distincts (figure 3). Ces trois couches sont superposées, sans pour autant se mélanger. En effet, leur température et leur salinité respectives étant différentes, chacune possède une densité propre créant ainsi une barrière au mélange des strates d’eau.

Ces couches de densités différentes ne se mélangent donc que par l'intermédiaire de phénomènes particuliers tels les forts courants de marée et le relief sous-marin, qui créent une remontée des eaux profondes. Les eaux superficielles occupent la colonne d’eau jusqu’à une profondeur de 30 à 50 mètres. Sur le plateau madelinien, la stratification des eaux est légèrement différente. Comme la profondeur y est moindre que dans le reste du golfe, il n’y a que deux couches en période estivale. La couche plus profonde reste froide, avec une température de près de 0 0C. La couche superficielle, d’environ 10 mètres de profondeur, est relativement chaude en été (moyenne de 16 0C), et la salinité y est moindre que dans les eaux profondes. Trois principaux facteurs viennent modifier la salinité des eaux de surface dans le périmètre de l’archipel : les eaux douces provenant du fleuve Saint-Laurent et de ses tributaires* situés en amont du golfe, les précipitations ayant lieu directement dans le bassin du golfe (pluie, neige et fonte des banquises) et l’apport local d’eau douce par les cours d’eau. Étang donné la faible superficie de l’archipel, l’apport par les cours d’eau est relativement faible. Cependant, dans certains secteurs, cet apport est non négligeable puisqu’il modifie localement la salinité de l’eau dans les embouchures des ruisseaux et qu’il en découle la formation d’habitats particuliers, favorables au développement d'organismes adaptés à une salinité moindre que celle du milieu marin.

Source : Adapté de Koutitonsky et Bugden, 1991

Figure 3 : Schéma de stratification des eaux du golfe du Saint-Laurent

 

3.2.4 Les plans d’eau

Les lagunes sont des bassins d’eau salée peu profonds (généralement moins de 7 mètres) qui, bien que délimités par des cordons littoraux, restent en communication avec le milieu marin par l’intermédiaire de goulets de marée*. Aux Îles-de-la-Madeleine, les lagunes sont au nombre de deux, la lagune de la Grande Entrée au nord, suivie de celle du Havre-aux-Maisons. L’ouverture, la fermeture et le déplacement des goulets de marée qui assurent le renouvellement des eaux lagunaires permettent de maintenir un équilibre dynamique dans le bilan sédimentaire et hydrique de ces milieux. En général, la salinité en période estivale est semblable à celle de la couche superficielle du golfe, soit entre 27 et 31 %o. L’eau des lagunes est cependant plus chaude en été que celle du golfe (autour de 20 0C).

Il y a les baies qui peuvent également être délimitées par des flèches de sable. Comme c’est le cas du Bassin aux Huîtres (Île de la Grande Entrée), de la Baie du Bassin (Havre-Aubert) et de la Baie du Havre-aux-Basques.

La baie du Havre-aux-Basques reste un cas particulier puisqu’il s’agit d’une ancienne lagune dont les deux goulets de marée, situés du côté est, ont été obstrués artificiellement lors de la construction de la route 199, en 1956. La baie du Havre-aux-Basques a pratiquement perdu tout échange avec le milieu marin alors qu’un seul goulet se forme sporadiquement à l’ouest, et surtout lors des grandes marées d’équinoxe*. Presque totalement coupé du milieu marin, les conditions physiques, chimiques et biologiques de ce plan d’eau se sont profondément modifiées au cours des années. On note une élévation appréciable du niveau moyen de l’eau à certains endroits, un réchauffement de la masse d’eau et une baisse de la salinité. L’impact potentiel d’une éventuelle réouverture de cette ancienne lagune a été largement étudié, mais aucune décision n’a été prise jusqu’à présent.

Les étangs constituent des milieux aquatiques quasi fermés, qui ne communiquent avec le milieu marin que sporadiquement. La température estivale de ces bassins est supérieure à celles des lagunes (maximum de 25 0C) alors que la salinité y est plus faible et variable. La fonte printanière de neige et les fortes pluies d’automne font diminuer considérablement la salinité alors que l’évaporation de l’eau durant les journées chaudes d’été la font augmenter. Le plus grand plan d’eau semi-fermé est l’étang de l’Est.

Totalisant plus de 124 km2 de superficie, ces plans d’eau sont maintenus grâce à la relative stabilité des cordons dunaires qui les délimitent. Cependant, les aménagements d’origine humaine ont substantiellement modifié cette dynamique, alors que plusieurs goulets ont été définitivement fermés et que les échanges sédimentaires ont été altérés par la construction de routes et d’infrastructures portuaires.

3.3 La qualité du milieu
L’intégrité naturelle d’un milieu dépend à la fois des activités humaines pratiquées localement et de celles, en apparence lointaines, qui influencent indirectement ce milieu. Que ce soit par des aménagements, des rejets de toute sorte ou par des pratiques à risque pour l’environnement, les sociétés humaines modifient les milieux naturels dans lesquels elles évoluent.

3.3.1 Les contaminants présents en milieu marin
On parle de « contamination » lorsqu’on note la présence d’une substance dans des concentrations supérieures au niveau naturel. Il est question de « pollution » lorsque ces concentrations sont telles qu’elles ont un impact non négligeable sur les organismes vivants ou sur les usages pratiqués dans un milieu.

Les contaminants peuvent être de nature chimique ou organique :

Contaminants chimiques
Que ce soit par le déversement d’eaux usées, par le ruissellement de pesticides d’origine agricole ou encore par le rejet de substances voyageant par l’air, l’eau du Saint-Laurent reçoit divers produits chimiques indésirables, voire même toxiques pour l’être humain et les êtres vivants en général.

Une fois introduits dans le bassin hydrologique du Saint-Laurent, ces produits toxiques peuvent circuler sur de longues distances et affecter tant l’eau que les organismes qui y habitent. Parmi ces produits chimiques, on compte les pesticides organochlorés (DDT, dieldrine et mirex), les biphényles polychlorés (BPC), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les dioxines, les furannes et le mercure, qui ne se dégradent que très lentement en produits inoffensifs. En conséquence, certains de ces produits ayant été déversés dans les années 1970-1980, ou avant, sont toujours présents dans les eaux du Saint-Laurent.

Au niveau des organismes vivants, le problème est de taille. Ceux-ci absorbent les produits chimiques et les accumulent dans leur corps, en particulier dans les graisses et les viscères. La concentration de contaminants augmente à mesure que l’animal se nourrit. On nomme ce phénomène la bioaccumulation. Donc, si l’homme se nourrit de ces organismes intoxiqués, il est susceptible d’accumuler, lui aussi, les contaminants chimiques. Nous verrons plus en profondeur l’impact des contaminants sur les êtres vivants au chapitre « 4 - Les milieux naturel ».

Contaminants organiques
Dans certaines conditions, divers micro-organismes peuvent être nuisibles et même dangereux pour la santé humaine. Que ceux-ci soient des bactéries, des algues microscopiques ou encore des parasites, les eaux et les animaux qui y vivent peuvent être contaminés. Ainsi, la consommation de l’eau et des produits marins, ou encore l’utilisation du milieu, exposent l’être humain à la contamination par les micro-organismes. Contrairement aux produits chimiques, ceux-ci ne sont pas très persistants dans l’environnement et ils se dégradent rapidement lorsque les rejets cessent. C’est à proximité des rejets d’eaux usées des municipalités et des industries que ces organismes pathogènes* abondent.

3.3.2 Les sources de contamination
Deux types de sources de contamination peuvent affecter le milieu marin d’une région. Les sources locales de contamination sont situées dans les municipalités du secteur d’étude et génèrent des rejets chimiques ou organiques (eaux usées, déversements, dragage). Les sources éloignées sont celles qui atteignent le territoire à l’étude par le biais des courants marins et des retombées atmosphériques. Il s’agit alors uniquement de contamination par des produits chimiques.

Les sources locales
Présentement, cinq des huit villages du territoire sont munis de stations d’assainissement des eaux usées, soit les villages de Havre-aux-Maisons, Cap-aux-Meules, Fatima, Étang-du-Nord et Havre-Aubert. Ces systèmes d’épuration ne desservent qu’une partie des habitations situées en bordure des puits d’eau douce qui alimentent les Îles. Ils fonctionnent par étangs aérés et desservent moins de 40 % de la population des Îles-de-la-Madeleine. Le tableau 2 présente une description des réseaux publics de traitement des eaux usées aux Îles-de-la-Madeleine. Bien que la situation se soit améliorée depuis les dernières années, environ la moitié (48 %) des habitations non raccordées au réseau d’égouts utilise encore des puisards ou des installations septiques non conformes. Ces eaux usées non traitées se déversent dans le milieu, empruntent parfois les canaux en bordure des chemins, les tranchés et les ruisseaux pour aboutir, le plus souvent, en bout de ligne, dans le milieu marin.

Tableau 2 : Réseaux publics de traitement des eaux usées aux Îles-de-la-Madeleine

Villages

Nb de bâtiments desservis

Nb de bâtiments pouvant être desservis

Coût des travaux (millions de dollars)

Date de mise en service

Type de traitement

Havre-Aubert

32

65

2

09/98

EA

Étang-du-Nord

225

255

6

11/97

EA

Fatima

330

380

7

01/95

EA

Havre-aux-Maisons

152

152

5

12/97

EA (INF)

Cap-aux-Meules

580

638

4

11/90

EA

Total

1 319

1 490

24

---

---

EA : Étangs Aérés (INF : avec infiltration).

Source : MAMM, banque de données, 1996a. Laurin 1997, - Saint-Laurent Vision 2000.

Aucun rejet d’eaux usées d’origine industrielle n’est noté aux Îles-de-la-Madeleine, à l’exception des rejets de déchets de poisson provenant des usines de transformation des produits de la mer. L’immersion d’un maximum de 3 600 tonnes de résidus est autorisée chaque année selon la Loi canadienne de protection de l’environnement (LCPE). La compagnie Mines Seleine, une division de la Société Canadienne de Sel Limitée, dispose des résidus d’exploitation en les entreposant dans les zones exploitées, ce qui n’engendre aucun effluent pouvant affecter le milieu marin.

Le transport maritime et les activités portuaires sont des sources potentielles de contamination du milieu marin lors d’accidents de navigation, des rejets des eaux de lavage et de ballastage ou du transbordement de marchandises vers les ports. Les peintures antisalissures à base d’organo-étains utilisées pour protéger les coques des bateaux contre l’adhésion d’organismes marins, de même que le bois traité au créosote utilisé dans la construction de certaines installations (quais, digues et murets), constituent des sources de contamination par les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).

Outre le naufrage du Irving Whale le 7 septembre 1970, à 100 km à l’ouest des Îles-de-la-Madeleine, aucun autre accident important ne semble avoir eu lieu sur le territoire de la ZIP. Cette barge contenait quelque 7,5 tonnes de BPC et 4 270 tonnes de mazout, desquels 400 à 600 tonnes ont été déversées dans le golfe, affectant 32 km des Îles-de-la-Madeleine. La majorité des BPC semble également avoir été déversée, lors du naufrage ou du levage, puisqu’il n’en restait que 1,6 tonne après le renflouage, s’ajoutant aux 373 Kg récupérés lors du nettoyage des plages des Îles-de-la-Madeleine en 1970. La barge a été renflouée le 30 juillet 1996.

Les sources éloignées
Le courant de Gaspé transporte les eaux douces du bassin hydrographique du Saint-Laurent vers le sud du golfe. Ce bassin inclut les Grands Lacs et leurs tributaires, le fleuve, l’estuaire du Saint-Laurent avec le bassin du Saguenay, et tous les autres affluents situés en amont du golfe. Bien que ces eaux transportent avec elles des contaminants provenant des sources situées en amont, seulement une petite fraction de ces contaminants se rend dans le golfe Saint-Laurent. En effet, on estime qu’entre 1950 à 1990, seulement 3 % du mirex déversé dans les Grands Lacs a été transporté jusque dans les eaux du golfe. L’ensemble du réseau hydrographique situé en amont (Grands-Lacs, fleuve et estuaire du Saint-Laurent) agit comme une trappe où les particules de substances toxiques adhèrent aux sédiments qui se déposent ensuite au fond. La quantité de BPC ayant sédimentée dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent serait 100 fois plus élevée que celle qui s’est déposée dans le golfe. De plus, les rejets de plusieurs substances toxiques sont à la baisse depuis les années 1970. C’est le cas notamment du mercure, du plomb, des BPC et du DDT. Les rejets atmosphériques constituent, en fait, la principale source actuelle de contamination, alors que l’on retrouve, dans les sédiments des fosses entourant les Îles-de-la-Madeleine, plusieurs contaminants toxiques dont le mercure, le plomb, les BPC, les HAP, les dioxines et les furannes.

3.3.3 L’eau potable
Alors que l’eau douce abonde dans le reste de la province, les cours d’eau de l’archipel sont très modestes et souvent intermittents, ce qui les rend inutilisables comme source d’approvisionnement en eau potable. Les Îles-de-la-Madeleine sont ainsi le seul endroit au Québec où la totalité de l’eau potable provient de la nappe phréatique. Cette nappe d’eau douce est en contact direct avec le milieu marin. Ayant une densité moindre que l’eau salée, la nappe d’eau douce flotte sur la couche salée qui est située en-dessous. À mesure que l’eau de la nappe phréatique est utilisée pour la consommation humaine, la couche d’eau salée comble le vide créé par le pompage. À cause du ruissellement des eaux de surface vers la mer et de l’évaporation, la nappe absorbe environ 30 % des précipitations annuelles, ce qui correspond à quelques 21 milliards de litres par année (ou 830 litres/seconde). Une surexploitation de la nappe phréatique aurait pour conséquence la contamination de celle-ci par l’eau salée. Les besoins grandissants dus à une augmentation du tourisme durant l’été, exigent une meilleure gestion de l’utilisation de l’eau potable par les résidents des Îles-de-la-Madeleine. Avec une telle gestion, l’eau potable serait en quantité suffisante pour répondre aux besoins cumulés de la population et des visiteurs.

Les rejets d’eaux usées non traitées constituent un danger pour cette ressource qu’est la nappe phréatique des Îles. Les risques de contamination de la nappe par ces rejets, de même que tout déversement de produits toxiques dans l’environnement, sont une préoccupation constante. En 1990, on découvrait que la nappe phréatique était contaminée par les hydrocarbures provenant de l’ancienne centrale thermique d’Hydro-Québec, située sur l’île de Cap-aux-Meules et, plus tard, un fait semblable a été mis en lumière sur l’Île d’Entrée. Les puits de pompage n’ont pas été affectés. La décontamination du sol et de la nappe a été entièrement effectuée par Hydro-Québec. Ces événements ont engendré une prise de conscience vis-à-vis des dangers qui menacent l’approvisionnement en eau potable.

4– Les milieux naturels
On retrouve, sur le territoire de la ZIP des Îles-de-la-Madeleine, une grande diversité biologique. Les espèces animales et végétales qui y habitent occupent des milieux naturels très diversifiés et souvent particuliers à l’archipel. En plus du milieu marin omniprésent, le complexe dunaire-lagunaire, de même que les falaises, les prairies, les étangs et les tourbières, sont autant d’habitats abritant des espèces de la faune et de la flore souvent considérés comme menacées ou vulnérables.

La faune et la flore côtoient deux types de milieux : le milieu marin où les organismes vivants baignent dans l’eau salée, et le milieu côtier (incluant les îles) où les organismes sont exposés à l’air et à l’apport d’eau douce.

4.1 Le milieu marin
Les organismes vivant dans l’eau salée du golfe du Saint-Laurent et des lagunes sont directement soumis aux conditions exposées dans la section
« Le milieu physique ». Ainsi, la salinité de l’eau, la température et les courants font partie des facteurs qui influencent le plus cette vie marine. Nous verrons, dans la présente section, les différents organismes qui vivent dans le milieu marin.

4.1.1 Le plancton
Le terme plancton est donné à l'ensemble des organismes microscopiques se retrouvant en suspension dans la masse d'eau. Le milieu marin renferme à la fois du plancton végétal (phytoplancton – figure 4) et du plancton animal (zooplancton – figure 5). Le plancton végétal constitue essentiellement le premier maillon de la chaîne alimentaire marine. Il utilise l'énergie solaire pour faire de la photosynthèse et créer de la matière vivante à partir des éléments nutritifs et du carbone présents en suspension dans l'eau. Il est absorbé par le zooplancton et les animaux filtreurs (ex. : les mollusques).

Figure 4 : Phytoplancton

Diatomées

Flagellé

Source : Environnement Canada

 

Généralement, on note une grande prolifération de phytoplancton au printemps. À cette période, la température de la couche supérieure d'eau est favorable à leur croissance et il y a une grande disponibilité en éléments nutritifs.

Le plancton animal est principalement composé de petits crustacés (crevettes, "krill", etc.), de larves et d'oeufs de diverses espèces de poissons et d'invertébrés.

 

Figure 5 : Zooplancton

3. Copépode

4. Krill

5. Larve de crabe

Source : Environnement Canada

4.1.2 Les algues marines
Comme le plancton végétal, les algues se situent au premier maillon de la chaîne alimentaire marine. Elles utilisent l'énergie solaire pour faire de la photosynthèse et créer de la matière vivante à partir des éléments nutritifs et du carbone présents en suspension dans l'eau.

Le fait que l’on retrouve des algues marines à un endroit donné est étroitement lié à la nature du fond marin (sable, vase, gravier, galet, roche) et aux contraintes du milieu (marées, courants, vagues, déplacement des glaces). En général, des algues en densités élevées se retrouvent sur les fonds rocheux qui représentent un support stable sur lequel les individus peuvent se fixer, particulièrement dans les zones abritées.

Au dessous de la zone de marée, on retrouve la famille des laminaires. À marée basse, la partie supérieure de ces algues, appelée fronde, apparaît souvent à la surface, ce qui forme une barrière naturelle protégeant de l’effet des vagues la faune et la flore marines peuplant la zone supérieure. Ces grandes algues (en forme de pâte de lasagne) se retrouvent souvent sur la plage, après avoir été arrachées du fond marin lors de tempêtes. On retrouve de plus grandes concentrations de laminaires dans le secteur sud-est des Îles-de-la-Madeleine que dans la portion nord-ouest. Ce dernier secteur est effectivement plus exposé aux vents dominants et constitue ainsi un milieu moins propice à la croissance des algues.

4.1.3 La faune marine
La faune benthique* est en grande partie composée d'invertébrés :

- les mollusques bivalves : Moule bleu (Mytilus edulis), Pétoncle géant (Placopecten magellanicus), Mye commune (Mya arenaria), Couteau de mer (Ensis directus), Mactre de l’Atlantique (Spsula solidissima), Mactre de Stimpson (Mactromeris polynyma) et autres ;

- les gastéropodes : Buccin commun (Buccinum undatum), Littorine (Littorina littorea), Lunatie de l’Atlantique (Lunatia heros), Patelle (Acmea testudinalis), Crepidule (Crepidula fournicata) ;

- les échinodermes : Oursin vert (Strongylocentrotus droebachiensis), Étoile de mer (Henricia sanguinolenta, Asterias vulgaris, Leptasterias polaris), Ophiure paquerette (Ophiopholis aculeata) et Concombre de mer (Cucumaria frondosa) ;

- les crustacés : Crabe commun (Cancer irroratus), Crabe des neiges (Chionoects opilio), Homard d’Amérique (Homarus americanus), Balane (Balanus sp.).

À cela s'ajoutent les groupes des éponges et des cnidaires (Anémone de mer (Tealia feline, Bunodactis stella, Stomphia coccinea) et Méduse (Cyanea capillata) ), ainsi que d’autres invertébrés.

Les mollusques, les échinodermes et les crustacés
Parmi les espèces de mollusques ayant une valeur surtout alimentaire pour les madelinots, on compte la Mye commune et la Moule bleue qui sont pêchées dans les lagunes ainsi que la Mactre d’Atlantique et le Couteau de mer qui sont récoltées dans le golfe. Les espèces à valeur commerciale sont le Pétoncle géant de même que la Moule bleu, la Mactre de Stimpson, le Couteau atlantique, la Mye Commune et l’Oursin vert qui sont pêchés sur le plateau madelinien.

La Moule bleue fait l’objet d’aquaculture depuis plusieurs années dans les lagunes de la Grande-Entrée et du Havre-aux-Maisons. La Mye commune, l’Huître américaine (Crassostrea virginica) et l’Oursin vert font l’objet d’élevages expérimentaux. L’élevage de pétoncles juvéniles est également pratiqué dans les lagunes du Havre-aux-Maisons et de la Grande-Entrée. Le but est d’ensemencer les fonds de pêche situés au sud de l’archipel d’une part, et d’autre part, il est de réaliser le grossissement des pétoncles en élevage jusqu’à l’atteinte de la taille commerciale.

Le Crabe des neiges et le Homard d’Amérique font l’objet d’une pêche commerciale et, avec le pétoncle, sont les espèces les plus lucratives du secteur des Îles-de-la-Madeleine. Le Crabe commun, quant à lui, est pêché de façon exploratoire par 14 pêcheurs détenteurs de permis pour cette espèce.

Les poissons
Le golfe du Saint-Laurent compte 122 espèces de poissons. Selon les habitats fréquentés par ces espèces, on en distingue cinq grandes catégories : les poissons anadromes* (13 espèces), catadromes* (1 espèce, l’Anguille d’Amérique (Anguilla rostrata)), estuariens ou littoraux (9 espèces), pélagiques* (23 espèces) et les poissons de fond (76 espèces). Les principales espèces exploitables commercialement aux environs des Îles-de-la-Madeleine sont au nombre de neuf et représentent les groupes de poissons pélagiques et de fond (tableau 3).

Tableau 3 : Principales espèces de poisson à vocation commerciale du secteur des  
                    Îles-de-la-Madeleine

 

Espèces

Catégories selon l’habitat

Morue franche
(Gadus morhua)

poisson de fond

Sébaste
(Sebastes fasciatus)

poisson de fond

Plie rouge
(Reinhardtius hippoglossoides
)

poisson de fond

Plie canadienne
(Hippoglossaides platessoides)

poisson de fond

Flétan atlantique
(Hippoglossus hippoglossus)

poisson de fond

Limande à queue jeune
(Limanda ferruginea)

poisson de fond

Hareng atlantique
(Clupea harengus harengus
)

pélagique

Maquereau bleu
(Scomber scombrus)

pélagique

Aiguillat Commun
(Squalus acanthias)

pélagique

Source: Modifié de Chouinard et al. (1996)


Des espèces de poisson vivant dans le golfe, quatre sont considérées comme prioritaires* par le plan d’action Saint-Laurent Vision 2000. Il s’agit de l’Alose savoureuse (Alosa sapidissima), de l’Éperlan arc-en-ciel (Osmarus mordax), du Poulamon atlantique (Microgadus tomcod) et de l’Anguille d’Amérique. Bien que ce statut soit accordé en fonction des populations de l’estuaire du Saint-Laurent, le manque de connaissances sur la dynamique des stocks de ces espèces demande une approche globale incluant le golfe Saint-Laurent. Dans le cas de l’Éperlan arc-en-ciel, espèce anadrome pêchée aux Îles-de-la-Madeleine, la problématique est de taille. En effet, bien que les débarquements annuels avoisinent les 13 tonnes, on connaît mal la provenance de ces éperlans. Quelques sites de frai ont été localisés dans les embouchures de certains ruisseaux de l’archipel, mais ces habitats ne semblent pas pouvoir soutenir une population d’éperlans telle qu’elle est observée en période de pêche. De plus, bon nombre de ruisseaux ont fait l’objet d’aménagements en raison du réseau routier, et des obstacles nuisent maintenant à la montaison du poisson. L’Anguille d’Amérique semble également subir un préjudice, sa migration vers les étangs d’eau douce étant interrompue par ces modifications du milieu. Cependant, on ne connaît pas l’état réel de cette population.

Les mammifères marins
Au total, 18 espèces de mammifères marins peuvent être observées dans les eaux du golfe. On compte huit espèces de baleines à dent ou odontocètes* (famille du dauphin et du béluga), quatre espèces de baleines à fanons ou mysticètes* (famille des rorquals) et six espèces de phoques (famille des pinnipèdes).

Les principales baleines observables dans le secteur des Îles-de-la-Madeleine sont le Marsouin commun (baleine à dents – Phocoena phocaena) et toutes les espèces de rorquals qui fréquentent régulièrement le golfe (Rorqual commun – Balaenoptera physalus, Rorqual à bosse – Megaptera novaeangliae, Rorqual bleu - Balaenoptera musculus, Petit rorqual – Balaenoptera acutorostrata). D’autre part, trois espèces de phoques sont présentes de façon régulière dans le secteur de l’archipel : il s’agit du Phoque gris (Halichoerus grypus), du Phoque commun (Phoca vitulina) et du Phoque du Groënland (Pagophilus groenlandica). La chasse aux phoques gris et du Groenland est présentement permise dans l’ensemble du golfe Saint-Laurent (incluant les Îles-de-la-Madeleine).

Espèces prioritaires
Quatre espèces de mammifères marins sont jugées prioritaires par le plan d’action Saint-Laurent Vision 2000. Il s’agit du Phoque commun, du Marsouin commun, du Béluga et du Rorqual commun. Les mammifères marins sont protégés par des réglementations strictes, comme la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec qui protège la population de bélugas du Saint-Laurent. Notons que le Béluga ne côtoie qu’exceptionnellement le secteur des Îles-de-la-Madeleine, se limitant généralement à l’estuaire marin du Saint-Laurent. En ce qui concerne les activités de chasse, de pêche, ou même d’observation, Pêches et Océans Canada (MPO) a le mandat de protéger les mammifères marins et leurs habitats.

4.2 Les milieux côtiers insulaires
Le milieu côtier comprend cette zone de transition entre le milieu terrestre et le milieu marin. Les Îles-de-la-Madeleine possèdent un profil côtier tout à fait différent du reste du Québec. Certaines similitudes s’observent cependant avec l’Île du Prince-Édouard en ce qui concerne les habitats comme les dunes et certains milieux humides, de même que pour les communautés biologiques présentes. Par contre, plusieurs milieux, comme les milieux lagunaires, restent uniques à l’archipel. En fonction de la topographie des lieux et de plusieurs autres facteurs, le milieu côtier prendra diverses formes. Le relief, la nature des sols et les divers facteurs reliés au déplacement des sédiments (courants, vents et érosion) ont donné naissance à une véritable mosaïque d’habitats qui se chevauchent sur une superficie totale d’à peine 200 km2.

4.2.1 Le complexe dunaire-lagunaire
Les tombolos et flèches de sable supportant le milieu dunaire ont permis la formation d’immenses plans d’eau représentés par les baies intérieures, les lagunes et les marais salés.

Plusieurs habitats se côtoient dans ce complexe dunaire-lagunaire. La lagune constitue un milieu aquatique distinct du milieu marin, auquel se greffent d’autres milieux tels l’herbaçaie salée située aux abords du plan d’eau, le marais salé de Spartine à fleurs alternes (Spartine alterniflore) dans la zone de marée, et l’herbier de Zostère marine (zostera marina) en zone subtidale*. Il s’agit d’habitats essentiellement aquatiques soumis au régime des marées et aux variations de salinité et de température des lagunes. Ces zones baignent dans une eau saumâtre ou salée favorisant la croissance de plantes adaptées à ces conditions particulières. L’abondance et la diversité des espèces animales et végétales sont étonnantes dans ces milieux humides. Plusieurs espèces d’invertébrés, de poissons, d’amphibiens, d’oiseaux, et même de mammifères, bénéficient ainsi de ces milieux riches et dynamiques.

Le milieu dunaire est essentiellement formé de monticules de sable qui, en fonction de leur position et du relief, sont soit dénudés ou recouverts de végétation. Dans certaines dépressions du milieu dunaire, on peut retrouver des étangs, des marais d’eau douce et des tourbières. La figure 6 présente les divers types d’habitats associés au complexe dunaire-lagunaire des Îles-de-la-Madeleine.

 

Figure 6 : Habitats associés au complexe dunaire-lagunaire

Les lagunes
Formées par la fermeture partielle d’un bassin par des flèches de sable ou des tombolos*, l’ensemble des lagunes et baies couvre une superficie de 102 km2 et abrite une faune marine dominée, sur les fonds de vases sableuses,par les vers marins, les mollusques bivalves et les gastéropodes. Les bancs de Mye commune sont localisés dans les zones moins exposées de ces bassins, soit en bordure des plans d’eau. Le Homard d’Amérique fréquente également les lagunes, et les poissons y sont dominés par des espèces de petite taille. On y retrouve notamment les épinoches (Gasterosteus sp.), le Fondule barré (Fundulus diaphanus), le choquemort (Fundulus heteroclitus) et le capucette (Menidia menidia). L’Omble de fontaine (Salvelinus fontinalis), espèce anadrome, est aussi présent dans plusieurs de ces plans d’eau. La Plie rouge, le Chaboisseau (Myoxocephalus sp.), le Maquereau bleu et le Hareng atlantique sont d’autres espèces présentes dans les milieux lagunaires.

L’herbaçaie salée
L’herbaçaie salée est une prairie située sur le littoral, dont la végétation est dominée par les carex et les joncs. Ces milieux ne sont inondés que par les grandes marées et sont situés dans l’étage supérieur du marais salé. Les herbaçaies salées totalisent une superficie de 1 400 ha, dont près de la moitié se situe sur le littoral de l’étang de l’Est (Pointe-de-l’Est). Les autres herbaçaies salées se retrouvent dans la baie du Havre-aux-Basques et dans les dépressions des cordons littoraux formés de sables qui relient les îles entre elles. La figure 7 schématise la succession végétale sur le littoral des milieux humides tels que les étangs et les lagunes.

Figure 7 : Succession végétale représentative des marais salés et des herbaçaies des
                 Îles-de-la-Madeleine.

Le marais salé de Spartine à fleurs alternes
Alors que le littoral est habituellement composé de sable, de gravier ou de rochers, les marais salés contrastent par leur composition en particules limoneuses (particules fines). Les courants pratiquement nuls, ainsi que l’apport d’eau limité à la période des hautes eaux, permettent aux fines particules de limon de se déposer et de former ce substrat vaseux typique des marais salés. C’est sur ce sol organique que se fixent la Spartine à fleurs alternes et d’autres représentants typiques de ce milieu humide. Les marais salés occupent une superficie totale de 200 ha, dont près de 140 ha sont situés dans la partie nord de la Baie du Havre-aux-Basques (figure 6). Ces marais se seraient développés avant la fermeture de la lagune en 1956.

Les herbiers de zostère marine
Couvrant environ 20% de la superficie des lagunes de Grande-Entrée et du Havre-aux-Maisons et des baies de Bassin et de Havre-axu-Basques, ces herbiers occupent le substrat sableux qui est immergé en permanence. La zostère marine est en effet une des rares plantes vasculaires qui peut tolèrer l’immersion totale et prolongée en eau salée. La figure 7 positionne l’herbier de zostère marine dans une coupe transversale du marais salé.

Le milieu dunaire
Sur les crêtes des cordons littoraux reliant certaines des îles entre elles, se sont formées les dunes, colonisées entre autres par l’Ammophile à ligule courte (Ammophila breviligulata). Lorsque la végétation s’est suffisamment stabilisée, les landes et les boisés résineux ont pu remplacer l’ammophile et créer ainsi des îlots de lande et de forêt en milieu dunaire.

Les dunes occupent environ 62 km2 de superficie, soit près de 30 % du milieu terrestre des Îles-de-la-Madeleine. Les dunes, souvent de plusieurs mètres de hauteur, sont positionnées en deux ou trois rangs, parallèles à la ligne de plage. Exceptionnellement, comme c’est le cas dans le secteur des « Sillons » sur la Dune du Sud, le nombre de rangs peut atteindre une trentaine.

Le système dunaire, observé en coupe transversale comme le représente la figure 8, débute avec la plage qui est généralement très large et se termine à la limite des marées les plus hautes. À cet endroit, la Sabline faux-péplus (Arenaria peploides) croît parfois dans le flanc du bourrelet créé par les vagues. Le Caquillier edentulé (Cakile edentula) pousse lui aussi à ce niveau, sur les restes d’algues échouées l’automne précédent, ainsi qu’en bordure de la dune. Le Pluvier siffleur (Charadrius melodus), espèce à statut précaire, niche également en bordure ou entre les dunes. Au-delà de la limite des marées d’équinoxe se trouve la dune dite « mobile », c’est là le domaine de l’Ammophile à ligule courte. L’ammophile ne tolère pas l’immersion dans l’eau salée, mais supporte très bien l’exposition aux embruns, aux vents violents et à l’ensablement. Bien que les plantes vivant dans le secteur de la plage contribuent déjà à la stabilisation du substrat sableux, c’est l’ammophile qui, accompagnée d’autres plantes comme le Fétuque rouge (Festuca rubra), la Gesse maritime (Lathyrus japonicus), la Smilacine étoilée (Smilacina stellata) et le Myrique de Pennsylvanie (Myrica pensylvanica), qui contribuent grandement à la stabilité des dunes. La stabilisation du sol par les plantes se fait grâce au réseau de rhizomes*. Ces tiges souterraines agissent comme un filet qui retient le sable et consolide le sol. À l’arrière se trouve la dune fixée qui est colonisée par les conifères et des arbustes comme la Camarine noire (Empetrum nigrum), le tout formant une lande avec des îlots forestiers épars. C’est également dans la dune fixée que l’on retrouve le Corème de Conrad, une plante ayant le statut d’espèce menacée. Le Renard roux (Vulpes vulpes) et le Campagnol de champs (Microtus sp) fréquentent les dunes mobiles et fixées.

Figure 8 : Étagement vertical représentatif du milieu dunaire des Îles-de-la-Madeleine.
On retrouve parfois, à travers la dune mobile ou la dune fixée, de larges dépressions appelées caoudeyres. Ces cuvettes se forment suite à un manque de stabilité du sol, d’où le vent enlève systématiquement tout le sable jusqu’au niveau de la nappe phréatique. Comme, à cette profondeur, le sable devient collant et humide, le vent perd son emprise et un nouveau milieu se forme. La présence d’eau douce modifie profondément le milieu de même que la végétation. Les étangs, les petits marais d’eau douce et les tourbières occupent graduellement certaines zones. On retrouvera le Jonc de la baltique sur le pourtour de ces plans d’eau. Progressivement, l’Aulne crispé (Alnus crispa) prendra sa place et, à mesure que la caoudeyre se colonisera, elle s’assèchera et s’ensablera progressivement pour finalement revenir vers les conditions du milieu dunaire environnant. La caoudeyre constitue donc un milieu important pour la faune, puisqu’il s’agit d’une sorte d’oasis située au milieu des dunes de sable et de la lande aride. Ainsi, plusieurs espèces d’oiseaux aquatiques occuperont ces étangs, marais et tourbières, dont le Grèbe esclavon (Podiceps auritus) qui est une espèce jugée prioritaire par le plan d’action de SLV 2000.

4.2.2 Le milieu forestier
Le cœur des Îles qui était, à l’origine, essentiellement forestier, est devenu par la main de l’homme, un milieu davantage agricole. En 1982, la forêt n’occupait que 17 % du territoire (excluant les lagunes), soit seulement 3 532 ha sur un total de 20 684. Ce taux est très faible comparativement à celui du reste du Québec, et surtout vu l’importance que pouvait avoir la forêt aux Îles à l’époque des premiers arrivants. Cette forêt, bien que de trop faible taille pour être exploitable commercialement, demeure indispensable à l’équilibre écologique du territoire. Elle contrôle l’érosion en créant des habitats stables et abrités du vent. Elle voit à l’épuration de l’air et conserve l’humidité du sol. Entre 1988 et 1992, le ministère des Ressources Naturelle du Québec (MRN) a mis sur pied un plan de protection et d’amélioration de la forêt aux Îles-de-la-Madeleine. Dans le cadre de ce programme ont vu le jour un réseau de brise-vent, des plantations expérimentales ainsi que diverses activités de sensibilisation de la population envers la conservation de ce milieu. Les travaux d’aménagements sylvicoles sont maintenant assurés par la MRC des Îles-de-la-Madeleine, via l’Association forestière de la Gaspésie et des Îles (AFOGIM).

Au niveau de la faune terrestre, on retrouve diverses espèces d’oiseaux forestiers, ainsi que certains mammifères tels le Renard roux, la Souris sylvestre (Peromyscus maniculatus), la musaraigne (Soricidae sp.), l’Écureuil roux (espèce introduite en 1975 – Sciurus vulgaris) et le Lièvre d’Amérique (espèce réintroduite en 1994 – Lepus americanus). Nous pouvons également y rencontrer le Vison d’Amérique (Mustela vison), car certains individus se sont échappés du site d’élevage présent à Havre-Aubert dans les années 1980.

4.2.3 Les espèces végétales en péril
Les Îles-de-la-Madeleine abritent neuf espèces végétales dont la situation est considérée comme précaire. Sur ce nombre, deux sont endémiques au golfe Saint-Laurent, soit l’Aster du Saint-Laurent (Aster laurentianus), qui abonde dans la baie du Havre-aux-Basques mais dont les populations fluctuent en fonction des niveaux d’eau présents, et l’Halénie défléchie - sous-espèce de Brenton (Halenia deflexa spp. brentoniana), qui se retrouve essentiellement dans les champs ouverts. Deux espèces sont endémiques au nord-est de l’Amérique du nord : le Bident différent (Bidens heterodoxa) et le Troscart de la Gaspésie (Triglochin gaspense). Le troscart occupe les fonds vaseux des marais à Spartine à fleurs alternes et de l’herbaçaie salée. On retrouve également sur l’archipel le Gaylussaquier nain variété de Bigelow (Gaylussacia dumosa var. bigeloviana), dont la distribution se limite à une étroite bande côtière allant de la Caroline du Nord à Terre-Neuve. Par ailleurs, le Corème de Conrad (Corema conradii) est très présent dans les vieilles dunes comme celles de la Pointe de l’Est. Les autres espèces des Îles sont la Dryoptère fougère-mâle (Dryopteris filix-mas), l’Hudsonie tomenteuse (Hudsonia tomentosa) et l’Utriculaire à scapes géminés (Utriculaire geminiscapa). Parmi toutes ces espèces, trois seulement ont un statut légal de protection, à savoir le Corème de Conrad, le Gaylussaquier nain, variété de Bigelow, et l’Aster du Saint-Laurent. Ces trois espèces bénéficient en effet du statut provincial d’espèces menacées, l’aster ayant en outre le statut fédéral d’espèce préoccupante.

L’annexe 1 présente les fiches techniques de quelques espèces mentionnées ici en donnant les caractéristiques biologiques de chacune.

4.3 Les oiseaux
Le milieu marin omniprésent et les milieux côtiers très diversifiés des Îles-de-la-Madeleine, favorisent la présence d’une faune ailée des plus riches, à la fois en diversité et en nombre. Plus de 317 espèces d’oiseaux sont observées dans le secteur de l’archipel. Sur ce nombre, 158 espèces se retrouvent sur le territoire pour y nicher et élever leurs jeunes. Les autres espèces utilisent les Îles et leurs côtes comme site d’alimentation lors de leurs migrations printanières et automnales, comme site d’hivernage ou encore n’y font que de rares ou occasionnelles incursions.

Plusieurs espèces trouvent, aux Îles-de-la-Madeleine, les conditions propices à leur alimentation ou à leur reproduction. Puisque la portion du territoire visée par la ZIP est d’abord côtière et marine, seuls les oiseaux côtoyant le domaine pélagique et le milieu côtier seront traités. La sauvagine (oiseaux aquatiques), les oiseaux marins et les oiseaux de rivage seront donc les trois groupes discutés.

4.3.1 La sauvagine
Cette catégorie renferme l’ensemble des oies et des canards (famille des anatidés). Les Îles-de-la-Madeleine constituent une halte migratoire importante pour plusieurs espèces de sauvagine. La Bernache cravant (Branta bernicla nigricans) s’y arrête par centaines lors des migrations, pour aller ensuite nicher au Labrador et à Terre-Neuve. En automne, les canards barboteurs font halte par milliers à plusieurs endroits, notamment dans la partie nord de la baie du Havre-aux-Basques et à l’Étang du l’Est. Quelques espèces de canards marins, dont l’Arlequin plongeur (Histrionicus histrionicus) et l’Harelde kakawi (Clangula hyemalis), occupent la côte des Îles en hiver jusqu’à la formation des banquises.

4.3.2 Les oiseaux marins
Les oiseaux dits côtiers sont ceux qui nichent en colonies sur la côte ou sur les îles. Certaines espèces sont uniquement pélagiques, c’est-à-dire qu’elles passent tout leur temps en mer, sans jamais fréquenter le milieu côtier en dehors de la période de reproduction.

Ainsi, 86 espèces d’oiseaux marins nichent ainsi dans le secteur des Îles-de-la-Madeleine. Près de 26 500 couples forment un total de 85 colonies, comprenant 18 espèces différentes. Les principaux représentants des nicheurs marins sont le Fou de Bassan (Morus bassanus), la Mouette tridactyle (Rissa tridactyla), la Sterne pierregarin (Sterna hirundo) et le Cormoran à aigrettes (Phalacrocorax auritus). La figure 9 présente les différentes colonies, dont les principales sont situées sur le Rocher aux Oiseaux et le Rocher aux Margaux. Ces populations sont considérées comme étant en croissance depuis le milieu des années 1970. Les Îles-de-la-Madeleine abritent notamment la seule colonie de Sterne de Dougall du Québec (espèce en voie de disparition – Sterna dougallii), de même que la seule colonie de Guillemot de Brünnich (Uria lomvia) de tout le golfe Saint-Laurent.

4.3.3 Les oiseaux de rivage
On retrouve, dans cette catégorie, l’ensemble des oiseaux fréquentant le littoral, pour y faire leur nid ou pour leur alimentation. Évidemment, il n’est pas exclu que certaines espèces côtoient également le milieu marin pour se nourrir, mais en proportion beaucoup moindre que les oiseaux marins.

Les oiseaux de rivage sont représentés, aux Îles-de-la-Madeleine, par 39 espèces. On compte plusieurs espèces de bécasseaux et de pluviers, de même que cinq espèces de chevaliers. De ce nombre, huit espèces nichent sur le territoire de l’archipel. Les oiseaux de rivage sont surtout présents dans les milieux dunaires et sur les plages, la baie du Havre-aux-Basques et les abords des lagunes constituant des haltes migratoires importantes. Au total, près de 75 000 individus regroupés en 25 espèces différentes sont observés aux Îles-de-la-Madeleine à l’automne. Les principaux représentants sont le Bécasseau semipalmé (Calidris pusilla), le Bécasseau à croupion blanc (Calidris fuscicollis), le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), le Pluvier semipalmé (Charadrius semipalmatus) et le Bécassin roux (Limnodromus griseus).

4.3.4 Espèces en péril
Selon les données de Saint-Laurent Vision 2000, 12 espèces d’oiseaux sont jugées prioritaires, dont cinq nichent sur le territoire des Îles. Les Îles-de-la-Madeleine constituent, à ce titre, le seul endroit au Québec où niche le Grèbe esclavon. On estime au nombre de 10 à 20, les couples qui nichent en bordure des étangs d’eau douce des Îles. Cette population de grèbes, bien que modeste, représente l’ensemble de la population nicheuse de l’est de l’Amérique du Nord. Ailleurs au Québec ou dans les maritimes, cette espèce ne peut être observée qu’en migration.

Le Pluvier siffleur est considéré comme étant une espèce en voie de disparition au Canada. Les Îles-de-la-Madeleine constituent le seul site de nidification connu au Québec. La population mondiale serait de 5 482 individus (1999) et celle des Îles-de-la-Madeleine serait passée de 37 couples nicheurs, en 1989, à 35 couples en 2001 (Richard, 2001). Cet oiseau niche dans la partie supérieure des plages.

La Sterne de Dougall, une espèce en voie disparition au Canada, se reproduit au Québec uniquement aux Îles-de-la-Madeleine.

Les deux autres espèces en péril aux Îles-de-la-Madeleine sont le Hibou des marais (Asio flammeus) et le Bruant de Nelson (Ammodramus caudacutus).

La Sarcelle à ailes bleues (Anas discours) et le Canard pilet (Anas acuta) sont également deux espèces nicheuses des Îles-de-la-Madeleine qui font partie des espèces jugées prioritaires par SLV 2000. Le déclin marqué des populations du Québec depuis une trentaine d’années reste inexpliqué pour le Canard pilet, alors que ce déclin serait dû, pour la Sarcelle à ailes bleues, à la perte d’habitats de nidification et à la chasse sur les sites d’hivernage du Mexique.

4.4 Les territoires protégés
La carte présentée à la figure 10 localise l’ensemble des territoires protégés des Îles-de-la-Madeleine. Au total, ces sites, faisant l’objet d’une législation et d’une réglementation fédérale ou provinciale, couvrent plus de 66 km2 (6 600 ha).

4.4.1 La Réserve nationale de la faune de la Pointe de l’Est
D’une superficie de 684 ha, ce territoire, créé en 1978, est géré par le Service canadien de la faune. Cette réserve a pour objectif d’assurer une protection permanente des oiseaux migrateurs et de leurs habitats. Il peut cependant y avoir des activités de chasse sur ce territoire.

Figure 10 : Sites protégés et à protéger aux Îles-de-la-Madeleine.

4.4.2 Le refuge faunique de la Pointe de l'Est
Ce refuge, créé en 1999 par la FAPAQ, a pour but de protéger les milieux humides et les plages de la Pointe de l’Est, qui constituent des habitats pour le Grèbe esclavon et le Pluvier siffleur. Ce territoire borde la Réserve nationale de la faune de la Pointe de l’Est sur ses limites extérieures, ainsi que la zone de balancement des marées autour de la Pointe de l’Est. Les activités de chasse sont autorisées dans le refuge faunique.

4.4.3 Le Refuge d’oiseaux migrateurs du Rocher-aux-Oiseaux
Ce site, d’une superficie de 600 ha, sert à la protection intégrale et permanente des colonies d'oiseaux du Rocher aux Margaux et du Rocher-aux-Oiseaux, ainsi que du milieu marin entourant ces îlots sur une distance de 1 km. Ce Refuge est géré par le Service canadien de la faune.

4.4.4 Les zones d’interdiction de chasse
Au nombre de deux, ces territoires protègent les oiseaux migrateurs lors des migrations automnales ayant lieu durant la période d’ouverture de la chasse à la sauvagine. Une de ces zones est située dans la portion nord de la baie du Havre-aux-Basques et occupe une superficie de 3 500 ha, et la seconde se trouve près de Grosse-Île, sur une surface de 1 200 ha.

4.4.5 La réserve écologique de l’Île Brion
Cette réserve écologique a pour objectif premier la conservation d’un territoire représentatif de la région écologique du golfe Saint-Laurent. Cette réserve, créé en 1988 par le ministère de l’Environnement et de la Faune du Québec (MEF), couvre 5 % de l’Île avec 670 ha de superficie. Depuis la scission de ce Ministère en deux entités distinctes, cette réserve est maintenant gérée par la Direction du patrimoine écologique du ministère de l’Environnement du Québec (MENV).

4.4.6 Les habitats fauniques
Le MEF a également instauré la protection de petites superficies de territoire afin de conserver l’intégrité des habitats servant aux oiseaux coloniaux. Les falaises de la Cormorandière, situées sur l’Île d’Entrée, abritent deux de ces sites protégés et les deux autres sont respectivement situés sur l’Île Shag et le Rocher-aux-Oiseaux. Quinze autres habitats fauniques, non localisés sur la carte des sites protégés, sont situés en terres privées. L’ensemble des habitats fauniques est maintenant géré par la FAPAQ.

5 – Le milieu humain

5.1 Les premiers occupants
L’occupation des Îles-de-la-Madeleine par l’homme remonte bien avant l’arrivée des acadiens. Les vikings ont assurément navigué dans le golfe du Saint-Laurent pour rejoindre leurs sites de pêche du Labrador et de Terre-Neuve. Bien qu’aucune preuve ne vienne appuyer ces dires, il est tout de même probable que ceux-ci aient débarqué sur les Îles-de-la-Madeleine pour y exploiter les ressources naturelles présentes. D’autre part, de récentes études archéologiques ont permis de démontrer que les Amérindiens (Montagnais, Inuits, Esquimaux, Béothucks, Sourisquois et Micmacs) ont été présents dans l’archipel. Des outils, fragments et artefacts témoignent de leur occupation du territoire sur l’Île d’Entrée, l’Île du Havre-Aubert et l’Île de Grande-Entrée.

Les pêcheurs Basques et Bretons connaissaient, sans aucun doute, l’archipel pour ses havres naturels et les fonds poissonneux du plateau madelinien, mais ce fut Jacques Cartier qui, le premier, rendit officiel ses passages aux Îles. Tout d’abord, le 25 juin 1534, lors de son premier voyage vers ce qui devint la Nouvelle-France, lui et son équipage abordèrent les côtes de l’Île Brion (nommée par lui « ille de Bryon »). Son deuxième arrêt à l’archipel eut lieu le 24 mai 1536, avant de repartir vers l’Europe suite à un périlleux hiver passé en Nouvelle-France, où le scorbut eut raison de plusieurs membres de l’équipage.

Vint ensuite l’époque de la colonisation du territoire de la Nouvelle-France, sous Samuel de Champlain, où eurent lieu quelques tentatives infructueuses de peuplement des Îles-de-la-Madeleine. Ce n’est qu’après la conquête anglaise de 1760 que la colonisation des Îles fut effective. Sous les directives du colonel de l’armé britannique, Richard Griddley, les premiers acadiens, au nombre de 22, s’établirent dans l’archipel en 1765. Ce fut par l’Acte de Québec de 1774 que les Îles-de-la-Madeleine se virent rattachées à la province de Québec. En 1798, l’amiral Isaac Coffin devint concessionnaire du territoire des Îles et ce n’est qu’en 1895 que le Gouvernement du Québec vota la « Loi concernant la tenure des terres aux Îles-de-la-Madeleine », reconnaissant aux occupants des diverses terres leur droit à la propriété des lieux. C’est alors que les Madelinots prirent possession de leurs terres, tout en devant payer une rente seigneuriale. La révision des cadastres aux Îles a été faite par le gouvernement du Québec à la fin de années 60, en vertu de la « Loi des Titres de propriétés dans certains districts électoraux ». Un certificat émis à ce moment confirmait le droit de chaque occupant d’agir à titre de propriétaire. Cependant, aujourd’hui encore, bien que le Gouvernement du Québec ne se prévale pas de ce droit, une rente pourrait légalement être perçue auprès des propriétaires de certains lots privés !

5.2 Les activités humaines et les affectations du territoire
La faible superficie de l’archipel et le manque de ressources naturelles terrestres ont placé le golfe du Saint-Laurent au centre des activités des Madelinots depuis plusieurs siècles. D’autre part, le milieu terrestre, bien que restreint, est demeuré essentiel à la survie des résidents. Que ce soit pour l’approvisionnement en eau potable, pour les matériaux de construction et le bois de chauffage ou encore pour l’agriculture, les Îles ont fait l’objet d’aménagements et leurs forêts ont été déboisées. Depuis les dernières décennies, les besoins grandissants en alimentation, en transport ainsi que les diverses activités économiques et récréatives, ont entraîné des modifications substantielles du milieu. À cela s’est ajoutée une exploitation des ressources naturelles disponibles sur le territoire. Ces activités humaines ont parfois eu pour effet de modifier la qualité de l’environnement et de déséquilibrer certains habitats. Un portrait décrivant la nature de ces activités et de leur impact sur le milieu naturel du territoire de la ZIP des Îles-de-la-Madeleine sera exposé, permettant ainsi de visualiser les problématiques environnementales de l’archipel.

 

La figure 11 présente les différentes affectations du territoire selon la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine.

 

Figure 11 : Les grandes affectations du territoire selon la Municipalité des Îles-de-la-
                    Madeleine.
Proposition de grandes affectations du territoire, dans le cadre
                    de la révision du schéma de la Municipalité des Îles- de- la- Madeleine
                    (document de travail).

5.2.1 Les infrastructures publiques

Le réseau routier
L’épine dorsale du réseau routier des Îles-de-la-Madeleine est représentée par la route 199, qui s’étend sur une distance de 85 kilomètres. À celle-ci s’ajoute 240 km de routes secondaires pour lesquelles Transport Québec assure l’entretien sur 23 km, les 217 km restants étant sous la responsabilité de la municipalité. C’est donc, au total, 325 km qui sont parcourus par le réseau routier des Îles.

L’impact environnemental du réseau routier sur ce milieu insulaire s’exprime essentiellement en termes d’empiétement sur les milieux lagunaires et dunaires. De plus, comme il a été discuté dans la partie « milieu naturel », la construction du réseau routier a entraîné la fermeture de la baie du Havre-aux-Basques et a diminué la taille des goulets de marée des autres lagunes du territoire.

L’entretien de ces routes ne se fait pas non plus sans impact. La nécessité de prélever les matériaux tels que le gravier et le sable a entraîné l’aménagement de bancs d’emprunts et de nombreuses carrières qui exploitent les milieux intérieurs des Îles jusque dans leur assise rocheuse (voir la section « Extraction du gravier et du sable » ci-après).

Soulignons également la présence d’un réseau anarchique de sentiers non-balisés, utilisés par les véhicules hors-routes (VTT et 4X4), et qui menacent certains habitats fragiles du complexe dunaire-lagunaire notamment. Cette activité de loisir devrait donc être canalisée dans un réseau organisé de VTT qui minimise son impact sur l’environnement.

Le transport maritime
Du mois d’avril au mois de janvier, l’approvisionnement du secteur des Îles-de-la-Madeleine est en grande partie assuré par un transport maritime hebdomadaire, entre Montréal et Cap-aux-Meules. À cela s’ajoute le transport de camions de marchandises et de passagers via le traversier assurant, pour la même période, la liaison entre la ville de Souris à l’Île-du-Prince-Édouard et Cap-aux-Meules. En période hivernale (janvier à avril), l’approvisionnement se fait plutôt à partir de Matane. À titre d’exemple, c’est 76 500 tonnes de marchandises générales qui ont été transbordées en 1993-1994, incluant un volume important de produits pétroliers.

Mines Seleine expédie le sel extrait de la mine par bateau, à partir de son propre quai situé dans la lagune de la Grande-Entrée, à Grosse-Île (voir la section « Extraction du sel » ci-après). On évalue à une moyenne de 1,5 millions de tonnes, le transbordement annuel à partir de ce port.

Le réseau aérien
Un seul aéroport, situé sur l’Île de Havre-aux-Maisons, dessert l’ensemble des Îles-de-la-Madeleine. De juridiction fédérale, cet aéroport comporte deux pistes asphaltées et est achalandé en période estivale. Outre le transport de passagers, cet aéroport sert au transbordement de certaines marchandises et du courrier.

Mentionnons que l’aéroport a été construit en partie sur une tourbière et qu’il borde une lagune. Bien que les dommages causés au milieu naturel lors de cet aménagement soient permanents, les activités d’entretien du site devraient être faites avec le soucis de minimiser les impacts sur les milieux naturels environnants. Présentement, un produit biodégradable est utilisé pour le dégivrage des avions. Il s’agit du glycol qui a la propriété de n’avoir aucun impact à long terme sur l’environnement à long terme.

Le réseau électrique
Après avoir utilisé le bois, le charbon et le pétrole, les Madelinots inauguraient, en 1953, leur première centrale électrique au diesel, d’une puissance de 73,6 MW. Cependant, dans les dernières années d’opération, cette puissance a été très réduite, car plusieurs moteurs n’étaient plus en fonction suite à de multiples incendies. En 1991, une nouvelle centrale, permettant la production de 67,2 MW, fut construite derrière le site de l’ancienne centrale, à Étang-du-Nord, sur l’Île de Cap-aux-Meules. À celle-ci s’ajoute également une centrale de plus faible dimension (1,2 MW) située à l’Île d’Entrée. Ces deux centrales sont sous la gestion d’Hydro-Québec.

En 1989, Hydro-Québec découvre des sols contaminés sur le site de l’ancienne centrale électrique de Cap-aux-Meules. En collaboration avec le MENV, une étude est alors conduite afin d’évaluer l’ampleur de la contamination, et le site de la centrale de l’Île d’Entrée est également étudié. Les résultats démontrent que les sols des deux sites sont contaminés, et les traitements débutent en 1994. Les volumes de sol à traiter étaient respectivement de 9 900 m3 pour l’Île d’Entrée, et de 56 500 m3 pour la centrale de Cap-aux-Meules. Les travaux auront permis la récupération de 10 830 litres d'huiles, en phase flottante sur les eaux souterraines, à l’Île de Cap-aux-Meules. L’année 1999 marque la fin de l’ensemble des travaux de décontamination pour les deux centrales. Le coût total de ces travaux s’élève à plus de 20 millions de dollars. Hydro-Québec continue toujours le suivi de la qualité de l'eau souterraine aux environs de la centrale de Cap-aux-Meules. De plus, la société d'État surveille présentement les risques de contamination de la nappe phréatique de l’Île d’Entrée afin d’évaluer les besoins en décontamination de l’eau potable. La qualité de l’air aux environs des centrales électriques fait également l’objet d’un suivi. Les paramètres mesurés concernent l’émission des éléments suivants : NOx (Oxydes d’azote), CO2, SO2 et les particules. Les émissions se situent en dessous des normes réglementaires.

Une ligne indépendante de 69 kV alimente présentement les installations de Mines Seleine. Le reste du réseau est constitué d’une ligne de 25 kV qui va d’un bout à l’autre des Îles.

En termes de dérangement visuel d’esthétique du paysage, les lignes électriques sont particulièrement visibles aux Îles. La faible superficie des milieux forestiers et l’abondance des milieux ouverts rendent encore plus évidentes les infrastructures de transport de l’électricité. Un projet d’enfouissement de la ligne de la mine de sel et d’une partie de la ligne de transport de 25 kV est actuellement à l’étude, et pourrait résulter en l’enfouissement des fils sur le secteur, entre Hydro-Québec et Mines Seleine.

Les résidents utilisent également le mazout et le bois de chauffage comme source d’énergie. Le premier demeure un produit dont les risques environnementaux sont élevés (déversements, déchets de combustion) et le bois est une ressource rare et réduite aux Îles, qui présente également des déchets de combustion. Ainsi, le développement de sources d’énergie alternatives, comme l’énergie éolienne et solaire, pourrait être envisagé sur le territoire afin de diversifier la consommation et de minimiser, si possible, l’impact écologique de la production d’énergie. Certaines expériences de production d’énergie éolienne ont déjà eut lieu aux Îles, mais aucun projet n’a mené à des changements concrets jusqu’à présent.

5.2.2 Les activités économiques
Les données de recensement de 1991 à 1996 indiquent que, bien que la situation du marché du travail se soit détériorée aux Îles-de-la-Madeleine, cette MRC (aujourd’hui municiaplité) détient tout de même l’un des meilleurs bilans économiques des MRC de la région Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine (Tableau 4). Ce bilan indique que la proportion de chômage est équivalente aux Îles à celle du reste de la région avec, toutefois, un revenu moyen d’emploi légèrement inférieur. Le marché du travail dans l’ensemble de la région Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine se caractérise par l’importance du travail saisonnier.

Tableau 4 : Indicateurs du marché du travail pour la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine,  
                    région de la Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine et l’ensemble du Québec.

Données brutes

Îles-de-la-

Madeleine

Région Gaspésie –

Îles-de-la-Madeleine

Ensemble du Québec

 

1991

1996

1991

1996

1991

1996

Les deux sexes – 15 ans et +

11 210

11 160

83 295

84 475

5 433 245

5 673 470

Population active

7 535

7 015

48 125

46 005

3 537 640

3 536 205

Personnes occupées

5 855

5 055

36 115

33 225

3 110 795

3 119 130

Chômeurs

1 685

1 960

12 025

12 780

426 850

417 075

Inactifs

3 670

4 140

35 170

38 460

1 895 600

2 137 260

Taux de chômage (%)

22,4

27,9

25,0

27,8

12,1

11,8

Taux d’activité (%)

67

63

58

54

65

62

Taux d’emploi (%)

52,2

45,3

43,4

39,3

57,3

55,0

Source : Statistiques Canada. Recensement de 1991 à 1996. Compilation Emploi-Québec GIM, mai 1998.

La pêche et l’aquaculture
Malgré le moratoire sur la pêche aux poissons de fond décrété au début des années 1990, cette industrie procure encore directement ou indirectement de l’emploi à plus de 60% de la population des Îles. Les principales espèces pêchées commercialement entre 1990 et 1996 étaient : le Sébaste, la Morue franche, le Maquereau bleu, la Plie canadienne, le Hareng atlantique, le Pétoncle géant, le Crabe des neiges et le Homard d’Amérique. L’activité de pêche aux homards aux Îles génère 75 % de l’ensemble des débarquements au Québec. Au total, 12 ports de pêche servent au débarquement des ressources halieutiques. La figure 12 localise les principaux ports, ainsi que les usines de transformation des Îles-de-la-Madeleine, et présente un tableau comparatif des débarquements de produits marins de 1985 et de 1999 pour les principales espèces exploitées.

L’ensemble des débarquements, toutes espèces confondues, représentait plus de 30 millions de dollars en 1999. Ce sont les crustacés (Crabe des neiges et Homard d’Amérique) qui sont au premier rang en importance économique pour les Îles. En termes de volume de débarquement, ce sont cependant les poissons pélagiques* qui prennent le dessus (figure 12).

De plus, certaines espèces, auparavant considérées comme non commercialisables, font maintenant l’objet de pêches exploratoires et même commerciales. C’est le cas notamment de l’Aiguillat commun, qui connaît un essor grandissant, du Couteau de mer (mollusque), de la Limande à queue jaune (poisson de fond), du Crabe commun et du Crabe hyas (Hyas coarctatus).

Selon les données de 1996 du MPO, les Îles-de-la-Madeleine comptaient alors 26,5 % des pêcheurs-propriétaires et 28,3 % des aides-pêcheurs du Québec. Les neuf usines de transformation, quant à elles, emploient près de 20 % de la main-d’oeuvre présente aux Îles. Les principales usines sont Madelimer 1989 inc., Norpro inc. et Madelipêche inc. Les emplois associés aux activités de transformation des produits marins, additionnés aux emplois reliés directement à la pêche, représentent 30 % des emplois aux Îles-de-la-Madeleine.

Les activités de pêche et de transformation des produits marins n’occupent pas une superficie énorme en termes d’infrastructures terrestres, mais génèrent néanmoins certains problèmes environnementaux. Les rejets des espèces sans valeur économique, qui sont capturées à l’aide d’engins de pêche non-sélectifs, entraînent probablement un déséquilibre des écosystèmes marins. L’immersion en mer de résidus de transformation du poisson (près de 3 600 tonnes/année) modifie certains milieux. Le rejet des eaux de traitement et de certains produits toxiques (huiles usées) a aussi un impact sur la qualité de l’eau. De plus, l’utilisation de grandes quantités d’eau douce pour les opérations de transformation vient solliciter davantage la nappe phréatique. Bien que certaines démarches aient été entreprises afin de diminuer les rejets des usines de transformation, le développement de nouveaux marchés pour l’exploitation de nouvelles ressources halieutiques est susceptible d’augmenter les rejets si des méthodes valorisant leur réduction à la source ne sont pas développées.

Sorte de prolongement de la pêche traditionnelle, les activités d’aquaculture ont pris de l’ampleur aux Îles depuis les dernières années. L’aquaculture pratiquée aux Îles est principalement axée sur l’élevage de bivalves (moules, pétoncles, myes et huîtres), mais des expériences sur l’élevage d’oursins verts sont aussi en développement.

La plupart des activités liées à l’aquaculture se déroulent en milieux côtier et lagunaire, essentiellement dans les lagunes du Havre-aux-Maisons et de la Grande-Entrée. Comme elles sont faciles d’accès, à l’abri des vents et des glaces, de bonne profondeur et, surtout, presque exemptes de pollution, ces lagunes constituent des milieux propices pour l’élevage de certaines espèces marines.

On compte, aux Îles, plusieurs entreprises qui travaillent en aquaculture. Deux compagnies font l’élevage commercial de la Moule bleue. Elles opèrent dans les lagunes du Havre-aux-Maisons et de la Grande-Entrée, ainsi que dans la baie du Bassin pour le captage de naissain*.

Au niveau de la pectiniculture*, deux promoteurs font l’élevage du Pétoncle géant. Une de ces entreprises fait du grossissement de pétoncles dans la lagune du Havre-aux-Maisons pour ensemencer les fonds de pêche afin de rétablir les stocks. L’autre entreprise réalise le grossissement des pétoncles dans la lagune de la Grande-Entrée jusqu’à leur taille commerciale. Ces deux promoteurs font la collecte de naissain en milieu ouvert, dans un secteur fermé à la pêche, le Fond du sud-ouest.

Depuis 1995, une nouvelle compagnie expérimente l’élevage de la Mye commune ou « coque », dans la baie du Cap-Vert, lagune du Havre-aux-Maisons.

Un projet expérimental de grossissement de l’Huître américaine a débuté en 1998 dans le Bassin-aux-Huîtres et la Baie Clarke.

Les aquaculteurs des Îles ont l’avantage de travailler dans un milieu de grande qualité qui a, jusqu’à maintenant, été peu touché par la présence de toxines naturelles. Toutefois, les zones disponibles et propices à l’aquaculture sont limitées et certains secteurs coquilliers, adjacents aux sites aquicoles, sont fermés à la cueillette de mollusques pour cause de contamination bactériologique. Cette pollution est causée par des rejets d’eaux usées de résidences isolées possédant des puisards non conformes ou des fosses septiques défectueuses et, dans une moindre mesure, par certaines activités agricoles. La Petite Baie (dans la lagune de Havre-aux-Maisons) et la Baie du Bassin sont des zones qui ont été jugées prioritaires lors de la consultation publique.

L’agriculture
Jusque dans les années 1950, l’agriculture était considérée comme une activité complémentaire à la pêche. Puis, elle fut abandonnée progressivement au profit de la pêche commerciale, qui devenait une activité de plus en plus lucrative. Ainsi, les Îles-de-la-Madeleine passèrent d’une autosuffisance alimentaire, du fait de l’agriculture, à une dépendance presque totale pour l’approvisionnement en aliments de base. Le tableau 5 illustre ce tournant drastique. Bien que l’agriculture ait diminué jusqu’en 1991, la tendance est maintenant à la hausse, surtout pour ce qui est de la superficie des fermes, et certains produits à valeur ajoutée, comme la culture d’aliments biologiques, la fabrication de fromages au lait cru et autres produits « du terroir », deviennent de plus en plus populaires.

Tableau 5 : Évolution de l’agriculture aux Îles-de-la-Madeleine

Année

Nombre

de

fermes

Superficie

totale des

fermes (acres)

Superficie

totale par

ferme (acres)

Superficie

totale en

culture

(acres)

Superficie

en

culture par

ferme (acres)

1921

1 019

22 418

22,0

9 982

9,8

1931

1 050

24 438

23,2

10 093

9,6

1941

1 013

21 489

21,2

7 125

6,9

1951

1 118

19 040

17,0

7 656

6,8

1961

222

5 778

26,0

2 380

10,7

1971

108

2 363

21,8

849

3,9

1976

165

3 688

22,3

1 530

9,2

1981

72

2 231

31,0

771

10,7

1986

42

2 156

51,3

836

22,0

1991

24

865

36,0

259

10,8

1997

26

2 630

101,1

1 713

42,8

2001

30

3 286

109,5

2 049

68,3

Source : MAPAQ, 2001.

En 1999, on comptait 29 exploitants agricoles sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine selon les données d’enregistrement du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). De ce nombre, 12 agriculteurs étaient en production bovine. La superficie totale des terres utilisées pour les activités d’agriculture était de 3 059 acres, qui se distribuaient ainsi : 303 acres pour la culture de la pomme de terre, les céréales et la culture maraîchère, 1 144 acres en pâturage et 1 612 acres de prairies ensemencées pour le fourrage.

Bien que cette activité économique n’entraîne pas de problèmes environnementaux majeurs, le nouveau schéma d’aménagement de la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine devrait pouvoir minimiser les impacts éventuels tels que l’élimination des déchets d’élevage (fumier), l’utilisation de fertilisants chimiques et de pesticides affectant la nappe phréatique et les eaux de surface, la déstabilisation des berges par les pâturages et les terres labourées situés trop près des cours d’eau et des zones d’érosions, etc. Ainsi, un zonage approprié, tenant compte des différentes activités et de leur impact sur le milieu, permettra de conserver l’intégrité des habitats naturels situés à proximité des terres agricoles.

La cueillette des canneberges sauvages est une nouvelle activité commerciale. Ces fruits, qui croissent dans les milieux humides d’eau douce, sont récoltés à des fins personnelles ou commerciales par les résidents des Îles. Évidemment, comme il s’agit d’une activité ayant lieu dans l’un des milieux les plus fragiles de l’archipel, le piétinement et le bris des plants de canneberge et de la végétation en général constituent une problématique environnementale importante. Des mesures de contrôle de la méthode de cueillette de cette ressource naturelle sont donc essentielles, tant pour le maintien de cette activité que pour la protection des milieux humides.

L’extraction du sel
L’entreprise Mines Seleine, située à Grosse-Île et propriété de la Société canadienne de Sel limitée depuis 1989, a débuté ses activités commerciales en septembre 1982. Mines Seleine est un employeur important du secteur des Îles, procurant près de 180 emplois annuels aux Madelinots.

Le sel est expédié par bateau, via le quai privé de la compagnie qui est situé dans la lagune de la Grande-Entrée, pour être ensuite acheminé vers différents ports du Québec et de la côte est américaine. Le sel extrait de la mine est utilisé pour le déglaçage des réseaux routiers en période hivernale. La production annuelle de la mine est d’environ 1,5 million de tonnes de sel et, à ce rythme, les réserves du sous-sol madelinien pourraient soutenir une extraction pendant plusieurs centaines d’années.

L’implantation de la mine a été précédée de débats amenant à la tenue, en février 1978, d’audiences publiques dirigées par le Conseil consultatif de l’Environnement. Ces audiences permirent au promoteur de l’époque (Société Québécoise d’Exploration Minière - SOQUEM) de justifier le projet et aux opposants de faire valoir leurs points de vue. Ce fut, pour la population des Îles-de-la-Madeleine, le moment d’une profonde prise de conscience de la fragilité de leur milieu insulaire. Divers aménagements, nécessaires à l’exploitation et à l’expédition du sel, sont venus modifier le milieu côtier de la lagune de la Grande-Entrée. Le littoral a notamment fait l’objet d’un remblayage de plus de 13 acres, dans une partie reconnue comme une aire d’alimentation des oiseaux. De plus, un chenal, profond de 7,5 m et large de 100 m, a été dragué sur plus de 10 km de long. Ce dragage a créé deux îlots artificiels (amoncellements de sédiments dragués) de 8 et 11 acres à l’intérieur de la lagune, en plus de deux dépôts sous-marins. Précisons tout de même que ce type de mine, qui ne produit pas de rejet minier, a un impact environnemental minimal sur le milieu. En général, l’opinion publique est que les bienfaits économiques de cette mine surpassent grandement ses impacts écologiques.

En 1995, une infiltration d’eau a entraîné plusieurs travaux de réfection qui ont impliqué l’utilisation d’une partie du sable de la dune voisine. Le milieu naturel a été restauré par la suite, avec le concours de l’organisme environnemental Attention FragÎles.

Actuellement, la principale problématique environnementale potentiellement reliée à la mine de sel se rapporte au risque de déballastage* des bateaux dans la lagune, qui pourrait causer une contamination de la faune et de la flore du milieu lagunaire. Normalement, le déballastage doit se faire à cinq milles (environ huit kilomètres) de l’entrée du golfe, soit à dix milles (environ 16 kilomètres) des Îles, donc Mines Seleine exige un rapport de déballastage de chaque bateau qui rentre dans le chenal pour l’approvisionnement en sel.

L’entretien du chenal peut aussi entraîner des impacts locaux sur le milieu lagunaire. Ce dernier est réalisé environ aux cinq ans et a été effectué pour la dernière fois, en 1997.

Indirectement, bien que les efforts soient constants pour réduire la consommation énergétique, l’utilisation de quantités importantes d’hydrocarbures et d’électricité a également des impacts sur l’environnement.

L’extraction du gravier et du sable
L’ensemble des infrastructures routières, portuaires et autres entraînent, pour leur construction et leur entretien, l’utilisation de grandes quantités d’agrégats. Cette matière première se trouve dans le noyau rocheux de chacune des îles et son exploitation a été longtemps anarchique. L’absence d’un zonage et d’une réglementation adaptés à ces usages, mais aussi et surtout d’un contrôle efficace, sont à l’origine des nombreux bancs d’emprunt qui altèrent le paysage, éventrant plusieurs des buttes de l’archipel et augmentant l’érosion des sols.

D’autre part, le prélèvement de sable dans le milieu dunaire, bien que moins perceptible à vue d’œil, entraîne une déstabilisation du substrat, que la végétation fixatrice aura peine à recoloniser par la suite.

En 1998, Attention FragÎles recommandait diverses démarches afin de mieux structurer l’activité des carrières et sablières des Îles. Avec la venue de la révision du schéma d’aménagement en 1999, plusieurs préoccupations ont été soulevées et les priorités qui en découlent sont exposées ici :

Faire un bilan de la situation des carrières et sablières des Îles-de-la-Madeleine.

Établir le potentiel des ressources de l’archipel et trouver une alternative envisageable en cas de déficience à approvisionner les besoins locaux.

Revoir la réglementation et s’assurer de son application locale.

Produire un plan de gestion, en termes d’exploitation et de restauration, qui tiendrait compte à la fois de la fragilité du territoire, du potentiel réel des différents sites et des besoins du milieu.

Produire un code d’éthique des exploitants et des acheteurs.

Étudier la problématique de l’exploitation de sable dans l’archipel, en essayant de trouver une solution autre que seulement l’exploitation de deux seules sablières pour toutes les Îles comme actuellement. Par exemple, envisager la récupération du sable de dragage non contaminé qui, à chaque année, retourne à la mer après avoir été extrait des différents ports de l’archipel ou l’utilisation des capteurs à sable dans le but d’approvisionnement en sable et non de restauration de dunes comme ils sont utilisés présentement.

Mener des travaux de restauration.

L’exploitation du sable de silice, du gaz naturel et autres ressources
Historiquement, un projet d’exploitation du sable de silice déjà été présenté, qui a fait l’objet de certaines études. Le projet prévoyait le prélèvement, par dragage, de 250 000 à 400 000 tonnes de sable sur des fonds marins situés aux extrémités de la pointe de l’Est (Secteur nord) et du Sandy Hook (secteur sud). Le promoteur de ce projet n’a cependant pas donné suite à l’étape d’étude de faisabilité.

En 1999, l’entreprise Corridor Resources préparait un projet d’exploitation du gaz naturel sous et autour de l’archipel. Un sondage préliminaire, réalisé dans le secteur de la Dune du Nord à l’automne 1999, n’a donné aucun résultat concluant. C’est la raison pour laquelle d’autres travaux d’exploration sont présentement en cours (2002). Bien qu’encore à l’étape de l’étude du potentiel du sous-sol des Îles, une telle exploitation soulève déjà beaucoup de questionnement de la part des élus municipaux, des pêcheurs et des organismes voués à la conservation des milieux naturels de l’archipel et ce, dû au danger imminent pour l’environnement marin.

Le tourisme et les activités récréatives
Depuis le milieu des années 1970, le tourisme a augmenté considérablement aux Îles-de-la-Madeleine. Passant de 18 776 visiteurs en 1975 à 41 600 en 2001, il s’agit d’une augmentation dépassant 120 % en 26 ans (tableau 6). Cette nouvelle vocation des Îles-de-la-Madeleine a entraîné la mise en place de diverses infrastructures d’accueil, de restauration et d’hébergement. La courte durée de la saison touristique aux Îles a cependant pour effet d’amoindrir l’importance de ces infrastructures. De plus, la majorité des activités a lieu en plein air, ce qui diminue la pression des aménagements sur l’environnement. Cependant, le milieu dunaire est hautement sollicité pour l’accès aux plages et aux nombreuses activités qui s’y pratiquent (promenade, baignade, etc.). Des aménagements (passerelles, stationnements, etc.) ont donc été mis en place afin de répondre à l’achalandage et un plan de développement de la villégiature, ayant pour but d’harmoniser les activités touristiques avec le milieu, est présentement en préparation.

Par ailleurs, certaines activités nautiques impliquent des aménagements, tels que les marinas. Ces infrastructures ont un impact potentiel sur l’environnement marin, augmentant notamment les risques de déversement de produits toxiques. Par exemple, l’absence de toilettes chimiques à bord de certains bateaux de plaisance occasionne le rejet d’eaux usées directement dans le milieu marin, entraînant parfois une concentration des contaminants à l’intérieur des brise-lames de la marina. D’autres activités, comme le kayak de mer, la planche à voile et la plongée sous-marine, peuvent avoir un impact sur les milieux marin et lagunaire lorsque pratiquées de façon anarchique. En effet, il existe alors des risques de dérangement des oiseaux nicheurs et de piétinement des berges ou des fonds marins dans des secteurs vulnérables.

Le développement touristique des Îles-de-la-Madeleine ne peut se faire sans avoir en point de mire l’essence même du produit touristique : le milieu naturel exceptionnel de l’archipel. Ainsi, il importe que tout développement soit harmonisé avec le paysage et que ses impacts sur l’environnement soient minimisés.

Tableau 6 : Nombre de visiteurs aux Îles-de-la-Madeleine de 1975 à 2001

Années

Nombre de visiteurs

Variation

1975

18 776

---

1976

18 333

(-2%)

1977

20 194

10 %

1978

21 800

8 %

1979

23 500

8 %

1980

22 040

(- 6 %)

1981

21 815

(- 1 %)

1982

19 920

(- 9 %)

1983

18 465

(- 8 %)

1984

18 442

-

1985

20 581

12 %

1986

23 314

13 %

1987

23 963

3 %

1988

25 500

6 %

1989

27 237

7 %

1990

27 940

3 %

1991

30 600

10 %

1992

27 025

(-12 %)

1993

26 142

(- 3 %)

1994

28 500

9 %

1995

30 000

6 %

1996

29 000

(- 3 %)

1997

28 000

(- 3 %)

1998

36 000

29 %

1999

38 000

6 %

2000

36 757

(- 3 %)

2001

41 600

13 %

Source: Association Touristique Régionale (ATR) des Îles et MRC des Îles-de-la-Madeleine

5.3 Les contaminants et la santé humaine
On trouve, dans les eaux du Saint-Laurent, différents types de contaminants pouvant affecter la qualité des ressources qui sont consommées et, par le fait même, la santé humaine. La contamination peut être de type chimique, bactériologique, ou encore due à la concentration de toxines naturelles dans certains organismes marins.

5.3.1 Les poissons et les fruits de mer

Contamination chimique
La concentration en contaminants chimiques est considérée comme faible pour l’ensemble des ressources halieutiques de la région du golfe du Saint-Laurent. En effet, les principaux contaminants identifiés dans les différents poissons et fruits de mer voisinant les côtes des Îles-de-la-Madeleine (mercure, HAP, BPC, DDT, mirex, dioxines et furannes) sont en concentrations inférieures aux normes de commercialisation.

D’autre part, les effets bénéfiques de la consommation de fruits de mer et de poissons sont nombreux. Les premiers constituent un apport important en protéines, en sels minéraux et en vitamines, alors que les derniers sont riches en acides gras essentiels tels l’omega-3, un antioxydant précieux dans le maintien de la santé et la prévention des maladies. Pour les femmes enceintes ou qui allaitent, ces produits sont une source importante d’acides gras poly-insaturés et de nutriments essentiels au développement du fœtus et de l’enfant.

Contamination bactériologique
Contrairement aux polluants chimiques, la contamination des mollusques par les bactéries provenant des eaux usées municipales est un problème bien réel sur l’archipel. Divers troubles digestifs et d’intoxication peuvent découler de leur ingestion. Les sites de cueillette sécuritaires doivent être situés loin des zones de déversement des eaux usées et être autorisés par le MPO, sous recommandation d’Environnement Canada.

En ce qui concerne la consommation de poissons, la présence de parasites et de bactéries est sans danger pour l’être humain si une cuisson minimale de 10 minutes est effectuée ou en congelant pendant 24 heures à – 20 oC. Ces précautions permettent d’éliminer les parasites pouvant être présents dans la chair. Il est aussi recommandé d’enlever la peau, les viscères et les parties grasses du poisson, comme la chair située au niveau du ventre. La consommation du jus de cuisson devrait également être évitée.

Contamination par les algues toxiques
Même si elles ont rarement été détectées dans les eaux entourant les Îles, certaines algues microscopiques produisent des toxines. Les organismes (surtout les mollusques) qui se nourrissent de ces algues, accumulent ces toxines dans leur chair et peuvent alors devenir dangereux pour la consommation humaine. L’algue toxique la mieux connue à ce titre est Alexandrium sp. : les toxines qu’elle produit peuvent être à l’origine de graves intoxications. Aux Îles-de-la-Madeleine, nous retrouvons également la microalgue Prorocentrum lima et la Prorocentrum mexicanum qui produisent toutes les deux des phycotoxines diarrhéiques. Curieusement, ces toxines, inoffensives pour les mollusques qui se nourrissent de l’algue, peuvent s’avérer mortelles pour l’humain.

5.3.2 La sauvagine

Contamination chimique
Plusieurs contaminants chimiques ont été détectés dans la chair de la sauvagine. Les concentrations restent cependant très faibles et la consommation de ces oiseaux ne semblent présenter aucun risque pour la santé humaine. On peut tout de même mentionner que les canards piscivores*, comme les harles (bec-scie) et le Harelde kakawi (Canard kakawi) présentent les concentrations les plus élevées.

Contamination bactériologique
La présence de bactéries dans la chair de la sauvagine peut engendrer la transmission de maladies à l’être humain. Afin d’éviter l’exposition à ces maladies, il est recommandé de bien faire cuire la viande.

5.3.3 La viande de phoque

Contamination chimique
Certaines substances chimiques telles que les BPC, les DDT et le mirex ont été trouvées dans le gras et le foie de quelques individus de phoques gris et de phoques du Groenland en concentrations dépassant les normes. Il est donc conseillé de ne pas consommer le foie du phoque (jeune ou adulte) et de limiter la consommation de la chair à une fois par semaine (phoque adulte).

Contamination bactériologique
Bien que rares, certains parasites peuvent également être présents et transmissibles à l’humain. On peut minimiser les risques de contamination en évitant la consommation de viande crue. La congélation à une température inférieure à –20 0C pendant au moins 24 heures serait également une excellente mesure préventive. Par contre, le fumage et le salage léger sont insuffisants pour éliminer les risques de contamination.

 5.4 Les risques reliés à l’utilisation du milieu marin

5.4.1 L’impact des aménagements humains
Certains aménagements de grande envergure, comme la construction de barrages hydroélectriques, ont modifié chimiquement et physiquement le milieu marin du golfe Saint-Laurent, diminuant notamment l’apport en eau douce lors des crue printanières et l’augmentant en hiver. Évidemment, bien que ces aménagements soient situés loin du territoire de la ZIP des Îles-de-la-Madeleine, les courants marins de surface ont pour effet de transporter vers l’archipel ces eaux venant de l’amont du Saint-Laurent. Ainsi, toute modification physique ou chimique du bassin du Saint-Laurent a un impact plus ou moins direct sur le milieu marin où baignent les Îles.

Localement, le territoire des Îles-de-la-Madeleine a également subi des modifications dues aux activités humaines. On estime qu’entre 1945 et 1988, près de 427 ha de milieux côtiers ont été modifiés, entraînant ainsi une altération du régime des courants, ou même leur élimination par remblayage. À cela s’ajoutent les perturbations causées aux milieux dunaires par le piétinement et la circulation de toute sorte, ainsi que la fermeture de goulets de marée permettant l’échange entre les lagunes et le milieu marin. Les activités de remblayage sont responsables de l’élimination de 144 ha d’habitats, dont 65 ha de marais salés et 38 ha de milieux lagunaires. La construction de la route 199 reliant du nord au sud six des îles de l’archipel serait à l’origine de la presque totalité de ces pertes.

Les diverses opérations de dragage pratiquées pour l’entretien des ports commerciaux et des havres de pêche remettent en suspension des volumes importants de sédiments. Chaque dragage entraîne en moyenne de 9 400 m3 de sédiments qui sont immergés en eau profonde au large de la côte, sauf si contaminés. D’autre part, l’aménagement du chenal de navigation menant au quai de Mines Seleine, dans la lagune de la Grande-Entrée a nécessité, de 1980 à 1982, le dragage de près de 4 millions de mètres cubes de sable.

Les sédiments contaminés
Tel que mentionné précédemment, la contamination du sud du golfe Saint-Laurent est de beaucoup inférieure à celle qui est observée dans l’estuaire. Pour le chenal Laurentien situé au nord des Îles-de-la-Madeleine, on considère que les sédiments vaseux présents sont modérément contaminés par le mercure, le chrome et l’arsenic, alors que les concentrations seraient jugées faibles pour les produits comme le cadmium, le plomb, le nickel, le zinc, le cuivre, le DDT, le mirex, les BPC, les HAP, les dioxines et les furannes.

Sur le plateau madelinien, les teneurs en métaux lourds étaient considérées comme les moins élevés de tout le Saint-Laurent maritime. En effet, les contaminants ne présentant pas d’affinité pour les sédiments grossiers présents (sable et gravier), leur absorption a ainsi été minimale. Le site du naufrage de la barge Irving Whale demeure toutefois une exception puisqu’on retrouve, sur les fonds environnants, des sédiments fortement contaminés par les BPC déversés entre 1970 et 1996 (moment où la barge fut submergée). La contamination s’étend sur 300 mètres autour de l’endroit où gisait la barge. Dans un rayon de 50 m, les concentrations de BPC sont très élevées et les sédiments contiennent environ 150 kg de ce contaminant pour une surface approximative de 6 000 m2. Mentionnons, que lors du naufrage de la barge en 1970, le pétrole retrouvé sur les berges de l’archipel a été mis en sacs et enfouis dans les dunes lesquels peuvent encore aujourd’hui être retrouvés après certaines tempêtes.

Bien que les accidents maritimes aient un impact important sur la contamination du milieu marin, il n’en demeure pas moins que les déversements de moindre volume, mais périodiques, sont tout aussi néfastes. Ainsi, les zones portuaires constituent des sites de contamination non négligeables. Des études réalisées au cours des années 1980 ont notamment permis de localiser certaines zones à forte contamination en cadmium au niveau des ports de Pointe-aux-Loups, Cap-aux-Meules et Havre-Aubert, tandis que les ports de Grosse-Île, l’Étang-du-Nord et l’Île d’Entrée se sont avérés modérément contaminés par le mercure. Depuis, la contamination a, en général, passablement diminué, mais le port de Cap-aux-Meules demeure le secteur le plus pollué de l’ensemble des Îles. Les sédiments y sont modérément contaminés par les BPC et le cuivre, alors que les teneurs en HAP sont considérées comme élevées à proximité des quais. En 1999, une opération de décontamination a été effectuée par la Garde Côtière canadienne dans le bassin portuaire de Cap-aux-Meules.

D’autre part, les opérations de dragage remettent en suspension les sédiments et l’immersion des matériaux dragués, au large des ports, et entraînent la détérioration d’habitats marins souvent importants en termes de biodiversité. Des études préalables devraient être faites avant l’émission d’une autorisation de dragage dans les ports ou les lagunes.

5.4.2 Les risques pour la santé humaine
On considère que le golfe du Saint-Laurent est une région à faible risque de contamination par les micro-organismes du fait de la température de l’eau, de sa salinité et de la nature des activités que l’on y pratique.

Il demeure toutefois que certaines précautions doivent être prises en milieu marin. Les dangers réels que présentent les eaux du golfe Saint-Laurent se situent davantage au niveau des éléments physiques : la faible température de l'eau, les courants marins et la taille du bassin sont, chaque année, à l’origine de plusieurs accidents. En plus des personnes qui travaillent en mer, les adeptes d’activités telles que la plongée sous-marine, le kayak de mer, la planche à voile et la navigation de plaisance s’exposent à la noyade : les courants marins peuvent rapidement entraîner une personne non initiée loin du rivage ou de l’embarcation. Par ailleurs, le golfe est le théâtre de bien des phénomènes météorologiques (brouillard, tempêtes, fortes vagues), souvent imprévisibles, qui changent rapidement les conditions de navigation.